mardi 30 novembre 2010
jeudi 25 novembre 2010
Blog en jachère... jusqu'à dimanche !
Elle :
C'est l'automne.
Les devoirs avec les enfants, l'organisation d'une remise en forme nécessaire pour nous deux et... Le temps qui file si vite !
Nous avons des photos.
Nous avons des idées.
Ne manque que le temps.
Le temps de venir ici pour s'éclater avec les histoires qui peuplent nos esprit.
À très bientôt donc...
C'est l'automne.
Les devoirs avec les enfants, l'organisation d'une remise en forme nécessaire pour nous deux et... Le temps qui file si vite !
Nous avons des photos.
Nous avons des idées.
Ne manque que le temps.
Le temps de venir ici pour s'éclater avec les histoires qui peuplent nos esprit.
À très bientôt donc...
Lui :
Le temps qui s'échappe, glisse entre nos doigts comme la neige qui dévale entre deux pics rocheux, finit par nous ensevelir.
L’activité incessante de nos esprits créatifs arrive à faire fondre notre cercueil de neige qui se retire dans un ressac bouillonnant, pour revenir, tel un raz de marée, nous submerger, corps et âmes.
Qu’à cela ne tienne, nous tenons bon et reviendrons bientôt avec une nouvelle cuvée de photos.
Non!
Nous n’avons pas dit notre dernier mot!!!
lundi 8 novembre 2010
Le piège
Lui :
Il vient de jeter la carcasse du lièvre dans la poubelle.
Comme un énorme monument érigé à la gloire de moloch, la terre précipite ses enfants dans son brasier. Sa bouche crache d’énormes colonnes de fumées, volutes toxiques se lançant à l’assaut du ciel, voilant le soleil et l’espoir.
Il vient de jeter la carcasse du lièvre dans la poubelle.
La pauvre bête était raide, figée dans une position d’agonie.
En fait, la rigidité de la dépouille était telle, que si la fourrure n’avait étouffée un peu le bruit de sa chute, il lui aurait semblé jeter un bout de bois.
Cela lui avait pris des semaines pour l’apprivoiser.
Quelques légumes, des crudités, et beaucoup de patience.
Il était fasciné par la vie de cette bête apeurée, néanmoins subjuguée par la possibilité de se procurer de la nourriture si facilement.
Il aimait bien l’observer… Arrêter le temps pour se prêter à ce jeu de séduction animale.
Les mouvements rapides et nerveux des ses moustaches et de ses oreilles, ensemble harmonieux, suggéraient d’abord la peur de la mort, puis l’apprivoisement de celle-ci.
Avec le temps, le lièvre venait de plus en plus se prélasser dans sa cour.
Un lien s’était créé.
Le rongeur avait trouvé une stupide carotte en plastique, et s’était étouffé.
Le lien s’est brisé avec le bruit du couvercle de la poubelle qui se referme bruyamment.
Ses pensées l’amènent déjà ailleurs. Il n’a déjà plus de temps pour ça.
La pluie froide lui gèle les os.
Il a tellement soif, lui qui est pourtant trempé sous l’averse.
Quel paradoxe.
C’est près de la source, petite cascade cristalline, qu’il avait d’abord vu le lièvre.
Il n’avait qu’à marcher un peu pour la trouver, un peu passé l’allée de peupliers.
Elle était là, et le clapotis joyeux de son eau fraiche chantait le bonheur de pouvoir y tremper ses lèvres. Il tend ses mains jointes pour recueillir un peu d’eau comme on ferait une prière.
Puis se redressant, les approches pour se désaltérer.
Une voix l’arrête, un peu urgente, décidée à l’interrompre.
« Monsieur? Monsieur? »
C’est la vieille voisine sous son châle et son vieux parapluie noir.
« Vous ne devriez plus boire de la source mon bon monsieur » dit-elle, de sa voix chevrotante. « Mon locataire d’en haut est tombé gravement malade de cette façon »
« Giardia intestinalis… La fièvre des castors…. Vous pourriez être malade pour le reste de vos jours »….
Ses mains s’ouvrent, laissant l’eau filer entre ses doigts pour s’écraser en grosses gouttes sur ses chaussures.
Il hoche de la tête, un peu contrarié, mais reconnaissant.
Quelle illusion, un leurre destiné à le contaminer.
Sa montre se lamente, s’il ne reprend pas ses esprits, il manquera son rendez-vous avec la belle.
Il n’en dort plus. Elle peuple ses rêves, et aussi ses fantasmes.
C’est un ange, flottant comme une plume divine, virevoltant dans l’air qui se raréfie, chaque fois qu’il la voit.
Déjà, il n’entend plus la vieille voisine… Sa voix est occultée par ses pensées, il est obnubilé par les souvenirs de cette femme onirique qui le transporte, entre le désir et la souffrance.
Ce soir, il lui annoncera son amour.
Elle le trouve drôle et attachant, il l’avait entendu, en sortant de classe, alors qu’elle discutait avec une copine.
Il marche comme un automate, dans la pluie. Le quartier des ouvriers se déroule comme le décor d’une pièce de théâtre, avec ce je ne sais quoi de faux… Un décor factice sorti de l’imagination d’un scénariste déjanté.
Et les nuages qui n’en finissent plus de se vider, de cracher leur pluie torrentielle.
Le parc se pointe déjà au bout de la rue.
Accueillant, avec ses bancs parsemés ici et là, à l’abri sous les arbres. Il ferme la rue, ou la borde, en fait. Il est protégé d’une colline sur tout le long. Elle est couverte d’arbres et de gros rochers placés dans un souci de paysagisme architectural. C’est une vision apaisante, mais quelque chose cloche… Une odeur chimique indéfinissable, âcre. L’absence de gens. Pas de vieux qui reposent leurs jambes et regardent leurs derniers jours s’écouler paisiblement. Pas d’enfants non plus. Courant dans tous les sens, meublant la lourdeur du silence avec leurs rires joyeux.
Personne sauf la femme de sa vie, et un homme. Son sourire le fait fondre… Son regard l’achève, il est conquis. Jusqu’à ce qu’elle embrasse tendrement son cavalier.
Elle semblait heureuse de le voir.
Le sol chavire sous ses pieds.
« Regarde, c’est lui, mon camarade de classe! Il est super gentil! » Dit-elle à cet homme qui devient de plus en plus flou.
À son tour, elle disparait, pour s’estomper complètement alors qu’il continue son chemin, mort vivant ne sachant plus choisir entre la vie, ou la mort…
Il marche, gravissant la colline, jusqu’à atteindre le sommet.
L’usine est là.
Comme un énorme monument érigé à la gloire de moloch, la terre précipite ses enfants dans son brasier. Sa bouche crache d’énormes colonnes de fumées, volutes toxiques se lançant à l’assaut du ciel, voilant le soleil et l’espoir.Ce soir, il ira y porter son cv.
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Elle :
Mon grand-père est en train de mourir.
Mon père souffre de la même maladie. Il en mourra aussi.
Ils vont mourir de ce qui a permit de faire vivre notre famille.
Ce n’est pas un hasard, une malédiction familiale.
Ils sont des centaines dans ce cas.
Et pour cette raison.
La mine fermera.
Nous n’entendrons plus les pulsations des sirènes diverses qui donnent le rythme des jours.
Nous ne sentirons plus les odeurs qui caractérisent mon coin de pays.
Et plus jamais, ma fille avec ses copines, ne pourrons fumer en, en regardant les cheminées fumer plus qu’elles, en se disant : « Pfff, elles polluent plus que nous autres… »!
Son père, mon homme, est plus chanceux que le mien. Il n’a pas travaillé si longtemps avec cette pierre si douce qu’on dirait de la soie. Il ne mourra pas de son labeur et j’espère de tout cœur, que ce sera de vieillesse.
…
Mon grand-père est en train de mourir. Il souffre. Ses poumons l’étranglent.
La mine aussi manque d’air. Plus personne au monde, sauf dans le tiers-monde qui ne peut s’offrir le luxe de la santé, ne veulent plus les fruits de ce cratère qui atteint presque la superficie de la grande île, Montréal.
La mine s’étrangle elle aussi.
Pour cause de dangerosité.
Et un jour.
Ma ville mourra aussi, faute d’énergie, d’oxygène et de vie.
Un jour ma ville sera morte.
Morte de n’avoir vécue que pour faire vivre nos familles tout en faisant mourir nos hommes qui s’y sont donnés avec la joie de pouvoir faire vivre leur famille.
…
De ma fenêtre je vois la cour d’école vide. Comme un cœur sans amour, une école sans enfants, c’est triste et pathétique. L’école est fermée. « Plus assez de densité démographique », belle phrase pour dire que tout le monde est parti.
Mes voisins partent en ville.
Ou plus au nord.
Là où les mines donnent à rêver de bijoux et de monnaie d’échange sur le cours mondial des marchandises. Marchandises dont on n’a pas tellement besoin, mais dont on rêve tant !
Mes voisins partent et je devrai le faire aussi.
Pour ma fille.
Pour qu’elle trouve son propre pouls quelque part où l’horizon se trouve plus haut que 2000 pieds en dessous de la mer.
Pour que la vie batte à nouveau dans les rêves que l’on doit avoir à cet âge là.
Mais l’idée de partir m’attriste.
Je repousse l’échéance, comme on repousse la fermeture des cheminées qui fument. On vit, la mine et moi, les derniers battements de cette ville et on profite du temps qui passe.
Et il passe toujours trop vite, devant une mort annoncée.
lundi 25 octobre 2010
Lanternes
Elle :
À petits pas il part tous les matins dans le pavillon, caché près des bonsaïs. Il a dans son sac de la farine, des pigments de couleurs et ses petits outils. Il travaille depuis 35 ans à façonner des minuscules personnages pour des fresques miniatures, qu’il vendra ensuite aux touristes. Il se rend tous les matins et travaille tard le soir. Il se perd dans tous les gestes qu’il répète inlassablement. Il se perd en répondant aux mêmes questions posées par les touristes qui viennent le visiter. Parfois une enfant, plus bavarde et curieuse s’intéresse vraiment à l’ouvrage. Il n’a pas le temps, ni le courage, ni même le cœur de répondre adéquatement. Ses mains, façonnent et modèlent, sans avoir besoin de lui… Il sourit. Mais il ne pense qu’à elle.
Sa fille. Partie vivre là bas, dans ce pays qu’il avait quitté, un peu pour elle. Pour qu’elle vive une vie remplie d’opportunités. Elle est partie là bas. Retrouver ses origines. Elle mange maintenant du riz le matin, le midi et le soir. Ici elle aurait pu manger aussi un souvlaki. Mais ce n’est pas ce qu’elle a choisis.
L’exil.
Elle a choisis l’exil.
Elle vit dans les odeurs qui l’ont vu grandir lui.
Elle vit dans un régime qu’il a fuit.
Et lui, de ses doigts agiles, mais fragiles, continue de fabriquer pour les touristes ces petits personnages en farine, qu’il vent pour subsister.
Son cœur est rempli d’incompréhensions.
Pourquoi les enfants font-ils si souvent le chemin que l’on fuit ?
Pourquoi sa fille le quitte pour aller dans ce pays qu’il a fuit ?
Son cœur est en exil.
Tous les matins, il va à petits pas dans ce pavillon, caché près des bonsaïs. Il a dans son sac, tout ce dont il a besoin pour fabriquer le rêve des touristes. Et le soir venu, lorsque l’heure sonne pour rentrer enfin à la maison, il fait le chemin inverse. C’est plus joli, rempli de lanternes illuminant le chemin, rempli de musiques qui ont bercé son enfance. Mais lui, lui ne voit rien. Il est rempli de tous les exils de son histoire. Il voit la vie en noir et blanc. Il ne voit que les taches rouges sur son passage.
Coups de sang, coup de gueule.
Il s’ennuie de sa fille.
Les yeux rouges, il marche jusque chez lui, embrasse sa femme, la fait danser dans le salon et mange avec elle un souvlaki.
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Lui :
Elle était étendue, là, dans la cour.
Son âme meurtrie aurait voulue partir avec le vent, comme les feuilles mortes venant se déposer sur son corps immobile, paralysé par la douleur et la peine.
La terre s’ouvrait sous ses pieds pour l’aspirer dans les abysses.
La vie avait été si bonne pour elle.
D’abord, de bonne lignée, elle avait eu droit à une bonne éducation et n’avait jamais manqué de rien. Ses parents s’aimaient, et le climat social était bon. C’était une époque prospère et insouciante. Les histoires de guerres semblaient avoir été écrites pour faire peur aux enfants, et les vestiges militaires semblaient faits pour le faste et l’apparat des grandes cérémonies.
Les enfants courraient dans le village, semoncés par les vieillards feignant un air bourru. Leurs sourires édentés finissaient par les trahir, ravis par les rires et le soleil généreux pour leurs vieilles carcasses.
Puis l’amour avait pointé son nez.
Un jeune cavalier, frais sorti de l’académie militaire, était revenu de la capitale. Elle ne l’avait pas reconnu. Le village s’était animé, c’était la fête.
Tel un papillon sorti de son cocon, le gamin morveux qui lui tirait les cheveux était devenu un officier de cavalerie. Lui qu’elle avait souvent repoussé, semblait maintenant si noble, inspirant l’admiration.
Le cavalier et son cheval ne faisaient qu’un. Il était souriant, chaleureux, et donnait la main aux enfants qui voulaient tous le toucher, comme s’il était irréel, un conte ancien, une légende.
Wu avait pour mission de lever une petite milice. Son charisme était puissant, et sa force résidait dans sa douceur. Qui aurait cru qu’un homme si imposant, armé, puisse être aussi bienveillant.
Elle sentie son cœur chavirer instantanément.
Le temps s’était écoulé lentement, dans le bonheur. Les récoltes étaient bonnes, les artisans avaient enfin du temps pour créer la beauté, sans craindre la famine.
Le prestige que Wu ramenait avec lui, et sa nouvelle milice, rejaillissait sur le village et ses habitants. Le gouverneur était satisfait.
Son armure ne l’avait pas protégé contre l’attirance et l’admiration qu’elle lui vouait. Wu avait aussi fini par être chaviré par cet amour si puissant.
Les cérémonies furent somptueuses. Le village se transforma en palace. Ses habitants voulant célébrer et partager la grande nouvelle. Des jardins s’érigèrent, et tous voulaient participer à ce rêve prodigieux, trouver une façon d’immortaliser cette joie contagieuse. Les pagodes, les sculptures, respiraient le désir de répandre la beauté.
Quelques artisans avaient même créés des lanternes colorées pour donner vie à la nuit.
Wu avait même fait la surprise, avec ces mêmes artisans, d’organiser une soirée avec des lanternes volantes, qui s’élevaient gracieusement dans le ciel, comme des esprits magiques, jusqu’à ce que leur flamme se perdent dans les étoiles.
Puis l’ombre s’était abattu dans un galop trépidant de monture exténuée. Le messager avait interrompu la fête, il tenait un rouleau de parchemin pour le chef de la milice.
Des hordes d’envahisseurs se préparaient à franchir les frontières du royaume.
Tous les hommes aptes au combat devaient partir sur le champ, grossir les rangs d’une armée hâtivement rassemblée.
Une manœuvre qui n’augure jamais rien de bon. Ce genre d’armée n’est qu’une chair à pâté pour des vétérans aguerris.
La mort dans l’âme, mais fidèle à l’empereur, Wu s’était exécuté.
L’attente avait commencé. Les anciens consolidaient les défenses du village. Il restait peu d’homme en état de se battre, et tant à faire.
Son cœur s’était arrêté, arraché par le départ de Wu… En quelques mois, il avait réussit à prendre tant de place en elle, que le vide qu’il laissait lui coupait le souffle.
Les jours défilaient, le froid s’installait.
L’angoisse s’incrustait dans la fibre profonde de chacun. Comment faire pour continuer à vivre dans l’ignorance.
Les femmes tentaient de se réconforter, mais n’arrivaient pas à rendre crédible le masque qui couvrait l’enfer de leur peur, l’anticipation qui gruge l’espoir et tue le rire.
Un matin, un messager est revenu, poussiéreux, abattu.
L’urgence du message l’avait quittée. Il avait l’air accablé.
Les hommes s’étaient battus vaillamment, accomplissant de grands faits d’armes. Ils avaient repoussé l’envahisseur. Mais aucun n’avaient survécus. Ils avaient fait le sacrifice ultime, pour l’amour des citoyens de ce royaume et pour l’empereur.
Le reste du discours s’était fondue dans un brouillard de sons inaudibles.
Depuis, elle passait ses longues soirées dans la cours, à ne voir qu’une exécution macabre des plans de l’empire chaque fois qu’une cérémonie avait lieux.
Les lanternes se vidaient du sang des soldats, se déversaient dans la terre, teintait l’univers.
Le vent chantait sa complainte funèbre dans les rues mal entretenues.
Chaque foyer pleurait un homme, et il faudrait attendre la prochaine génération pour qu’elle puisse prendre la relève, et faire prospérer la terre.
Pourquoi…
Pour que le cycle se perpétue, tel un serpent qui se mort la queue…
Le dragon avait perdu ses ailes et ses dents, il s’était transformé en vulgaire lézard.
Elle ne voulait plus que s’éteindre et rester dans le passé, passant le flambeau pour que les siècles à venir finissent par valoriser la paix et le bonheur.
Mais l’homme, capable du mieux comme du pire est-il fait pour ça.
Son côté sombre peut-il être vaincu par la lumière?
Pourrait-il porter une lanterne pour éclairer son cœur, l’empêcher de verser vers les ténèbres…..
dimanche 17 octobre 2010
Bleu
La photo choisie (déclinée en deux façons) n'a pas été choisi pour la qualité technique de celle-ci, mais bien pour la qualité "scénographique" qu'elle a inspirée aux deux auteurs. Ils se promenaient, un matin (une fin de nuit plutôt) d'été, ils s'étaient levés tôt pour attraper le soleil qui se lève. Il ne s'est finalement pas levé ce matin là, les nuages lui ont volé la vedette... Mais ils ont été témoins de cette ville qui s'éveille, ou qui s'endort, selon les personnes, et en sont encore ravis, lorsqu'ils y repensent.
Bonne lecture !
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Lui :
Bonne lecture !
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Lui :
Clown blanc, clown auguste…
Connaissez-vous la commedia dell’arte ?
Le Capitan, le Polichinelle, Pantalon et les Zannis ?
Les masques…
Le clown blanc, si élégant, digne, autoritaire, qui fait valoir l’auguste, avec son nez rouge et ses souliers trop grands.
Malgré sa bonne volonté, le clown auguste qui enchaine les accidents et les pitreries.
Son univers déstabilise le clown blanc, qui le domine.
Celui-ci semonce alors le clown auguste de sa prose étudiée :
"Vous êtes en état d'arrestation pour avoir troublé l’ordre publique, comprenez-vous? Vous avez le droit de retenir les services d'un avocat sans délai, nous vous fournirons un avocat si vous n'avez pas votre propre avocat. Tout ce que vous dites peut être utilisé en cour comme preuve. Comprenez-vous? Souhaitez-vous parler à un avocat? "
C’est une invitation à participer à la grande comédie humaine, avec les grands. Monter sur les planches et y jouer sa vie.
Derrière son masque, le clown blanc verse une larme, comme un Pierrot le ferait. Si son rôle n’est pas assez bien joué, il se retrouvera jugé, lui aussi.
De ce fait, le clown blanc se retrouve parfois dans la position du clown Auguste.
Les rôles sont inversés…
La comédie évolue, devient une tragédie.
C’est une pièce cynique, cruelle, avec des histoires d’amours et des revirements à couper le souffle.
Elle se passe tout près de vous, si vous sortez un tant soit peu.
Pas besoin de faire la file pour entrer dans ce théâtre aux allures de palais, pour voir la comédie de la justice. Le théâtre de rue est beaucoup plus vivant, plus accessible, voir même, interactif !
Le badaud, le passant, peut s’y retrouver et devenir comédien.
Découvrir le grand jeu, peut-être y prendre goût, en rester marqué à jamais.
Rire et pleurer, comme spectateur ou acteur. Improviser, ou suivre un scénario bien ficelé.
Être agent libre, ou jouer dans l’échiquier.
Qui gagnera le cœur de Colombine ?
Et à qui Colombine brisera t’elle le cœur ?
Quelle sera votre stupéfaction de réaliser que soudainement, le miroir s’est inversé. Que les comédiens sont devenus spectateurs et vous observent, dans votre propre pièce.
Serez-vous flamboyant ? Arriverez-vous à charmer les critiques, ou ceux-ci vous immoleront-il sur l’autel de la popularité, désintéressés par la banalité soporifique d’une existence normale.
Sombrerez-vous dans les affres d’un clown auguste, tout juste bon à susciter l’irritation et la colère des clowns blancs.
______________________
Elle :
Toute la semaine, attendre que vendredi arrive. Se lever du lundi au vendredi, tous les matins la même chose, des toasts, un café et la solitude. Tous les jours de la semaine les mêmes gestes banals… Les mêmes routines. Marcher 10 minutes vers le métro, prendre le métro, se sentir seul, malgré les sourires qu’on essaie d’échanger avec les autres. Sortir du métro, acheter le journal, marcher 15 minutes pour rentrer au boulot. Saluer Roger en passant chercher son café et arriver devant la porte du bureau, respirer un grand coup. Se rappeler que ce travail est essentiel à notre survie. Sourire, oui sourire !
Soupirs…
Une fois assis, faire ce que doit, mais attendre. Attendre la pause, attendre l’heure du dîner, attendre la pause encore et enfin… Attendre la fin de la journée. Et sur le chemin du retour, se demander pourquoi attendre au fond. Qu’est-ce qu’on fera de si important, de si intéressant dans la soirée ? Sinon manger un macaroni devant la télé que l’on trouve si fade et sans intérêt. Que fera-t-on de notre vie ce soir ? Si peu, si peu. Il est loin le temps où la croyance de pouvoir changer le monde existait en nous, il est loin le temps où les amitiés fleurissaient dans notre salon, verres de vin à la main et rires à profusion ! Il est parti avec lui, quand il a fait ses bagages, quand il est parti. Ce temps où la vie coulait dans nos veines, ce temps où on avait dédié notre vie à cet homme si grand, si fort, si parfait. Cet homme qui remplissait nos nuits de magie, nos jours de mots d’amour. Tiens… Depuis combien de temps on est comme ça seul et sans but, à attendre que ça passe ? Un, deux… Quatre ans ? Déjà ? On s’enfonce et pourtant personne ne se rend compte. On vit, on respire, on mange, on travaille, on nourrit le chat. On se lave même, on arrive à aimer notre reflet dans le miroir. Mais on s’isole, encore et toujours.
Alors on se repose sur les gestes essentiels à la survie. Manger, dormir, travailler, marcher. On rêve de voyages, de grands départs, on rêve de s’ouvrir enfin à la vie et d’entrer en contact, alors on sourie… Oui on sourie… Mais ce sourire n’arrive pas à illuminer nos yeux. Pas encore. Alors on garde espoir. Hein qu’on garde espoir ?
Soupirs…
Mardi, mercredi, jeudi… Toujours pareils, à peu de choses près… Parfois il fait soleil, parfois il vente, il pleut et parfois même, il fait une chaleur à faire fondre les glaciers…
Mais le vendredi. Oui le vendredi…
L’attente ne sera pas veine. Le vendredi est un soir spécial, c’est le soir où on peut enfin exister vraiment, où on n’est plus seul. Le soir des lumières intenses, le soir où l’air qui entre dans les poumons oxygène le cerveau et le cœur. C’est aussi, très souvent soir de fête sensuelle. Le vendredi, c’est le soir pour nous, où grâce à ce que le beau petit cul nous vend, cette camelote rose ou bleu, ou blanche et où enfin, on ne se souviens plus ni notre nom, ni surtout le sien, le soir où le film de ses pas dans les escaliers ne revient pas nous hanter… Soir où la fête s’empare de nos neurones, soir où les sens en transe, on entre dans la danse, un soir où la peur n’a pas loi sur nos sens, nos désirs, sur qui on est vraiment. Il suffit d’avaler ce truc, d’entrer dans ce club, si branché et de danser. Danser, danser, danser… Danser seul ou ensemble avec les autres, les touchers, les embrasser, les lover… Ne faire qu’un avec la terre, ne faire qu’un avec la musique, la lumière et tous les bras qui frôlent, qui enlassent et toutes les bouches qui rient, qui parlent et qui chantent. Et qui parfois embrassent… Comme on aime embrasser… Comme c’est bon, d’enfin se sentir libre, libre libre !
Soupirs…
Sortir au petit matin, un peu échevelé, beaucoup lessivé.
Sortir au petit matin, regretter un peu de ne pas y arriver sans ce « petit miracle » chimique. Mais savoir si fort, si fort au fond de soi que sans ça. On en crèverait ! Sans ça on n’y arriverait pas. En pleurer de rage, se dire qu’il faut sortir de la torpeur. Mais s’échouer dans notre lit, enfin paisible, dormir jusqu’au dimanche parfois même… Et recommencer le lendemain. Recommencer cette comédie.
Sourire, sourire dans le métro, au boulot, à Roger au café, sourire à notre chat même… Mais être seul, seul et seul encore… Jusqu’au vendredi suivant.
Soupirs…
La semaine sera longue.
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