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mercredi 13 octobre 2010

Les Fou de Bassan

Elle :
Je bute sur cette histoire de fou de Bassan qui me trotte dans la tête depuis une semaine. L’envie de raconter l’épopée d’un fou de Bassan solitaire qui est obligé d’être solidaire avec toute la colonie et ses envies de départs, ses désirs d’être ce qu’il n’est pas au fond.
Mon personnage aurait un dialogue intérieur fort, puissant. Se remettrait en question avec drôlerie et lucidité.
Mais je tourne en rond, je n’avance à rien et le temps de publier est dépassé depuis dimanche passé…
La vérité c’est qu’en fait cette image de Fou de Bassan me touche beaucoup. On dirait qu’il se cache derrière cette branche d’arbre. Je me cacherais aussi à sa place ! Il y avait tant et tant de bruit à cet endroit, tant et tant d’oiseaux aussi! Le guide qui expliquait leur façon de vivre, a raconté qu’un fou de Bassan part jusqu’à trois jours pour se nourrir. Trois jours en mer, seul. Que ça doit faire du bien me suis-je dit aussitôt.
Je suis une personne grégaire pourtant. Du moins je me suis toujours définie de cette façon, tous mes amis pourraient aussi le faire. Je me sens pourtant en mutation présentement. L’âge peut-être? Un changement majeur semble vouloir faire place et je m’en rends compte à cause grâce à la façon dont je bute sur ce texte. Je regarde l’image et je n’ai que l’envie de partir moi aussi loin, en mer. Seule? Je ne crois pas. Mais loin, ça oui! Changer de vie, comme on change de peau. Pas ma vie familiale, ni amoureuse, mais tout le reste, oh oui, je partirais et me rebâtirais ailleurs. Être un fou de Bassan, je me perdrais en mer, je ne reviendrais pas vers cette colonie où tout semble ardu, où la survie prime sur tout le reste. Vous me direz que ce sont des oiseaux, qu’ils ne s’en rendent pas compte, que c’est comme ça. Qu’en bons vivants ils font ce pour quoi ils sont sur la terre. La reproduction de l’espèce. C’était ça pour nous aussi, avant. Avant que l’on se mette à penser, à mutiler transformer notre planète pour tous nos besoins qui ne cessent de gonfler… Jusqu’à l’éclatement!
Ce fou de Bassan me renvoie à mes propres contradictions. L’envie de faire partie d’une colonie, d’être entourée et le besoin de plus en plus pressant de me centrer, de réduire le cercle. Le besoin de tout foutre en l’air et rebâtir ma vie simplement et de ne pas quitter le confort que je commence à peine à ressentir. Avoir totalement envie de partir de zéro, mais en même temps avec la peur au ventre de tout perdre, ce qui me définit depuis si longtemps. Perdre mes repères en sommes.
Comme le fou de Bassan je voudrais aller me perdre en mer pour me nourrir, voler de mes propres ailes, ne pas attendre un chèque de paie, ni même l’approbation d’autrui pour prendre mon envol.
Dans mon histoire, ce fou de Bassan s’appelait Hector.  En mer il rencontrait baleines venues de loin, autres oiseaux partant plus au sud passer l’hiver rude qui s’annonce… Dans mon histoire, Hector faisait ce pour quoi il était né. Il se nourrissait, volait, se reproduisait, mais il voulait autre chose. Il voulait plus ou moins… Mais autre chose. La fin de l’histoire vous demandez-vous?
Eh bien, Hector comme nous tous… Ne peut changer sa nature profonde. Il peut en rêver la nuit, le jour, faire des plans, en parler à ses potes, à sa compagne de vie… Et pourtant ce qu’il est profondément, ne changera pas.
Comme moi.
Je balance. Entre mes rêves de solitude et ma nature profonde qui est d’être une rassembleuse, une grégaire…
Mais…
Et c’est la beauté d’être née humaine, plutôt qu’oiseau…
Et si je m’étais trompée sur ma nature profonde?
Et si ce que j’appelle ma nature profonde n’était qu’un masque, qu’une façon que j’ai eu de m’adapter à la vie? Si au fond je n’étais qu’une exclusive, une solitaire…
La question se pose.
____________________


Lui :
On dit d’eux qu’ils sont fous.
Pas très loin des falaises, sur l’île Bonaventure… Ça sent bon la forêt de sapins. Le sentier est parfois abrupte, l’air est pur, un peu salin.
J’ai de bonnes bottes de marches, mais ma copine n’a pas pensé à changer de souliers… Nous pensions rester sur le bateau. Nous n’avions jamais pensé accoster sur cette île si fabuleuse. Qu’à cela ne tienne, personne n’est jamais mort à cause de quelques ampoules…
Je l’aime. Elle n’hésite jamais à partager nos folies, et elle sait s’ajuster à nos plans aussi vite que nos intérêts l’exigent.
À force de progresser, on commence parfois à apercevoir le bleu de la mer qui tranche avec celui du ciel.
Soudainement, on s’arrête. Il y a ce bruit qui résonne. Il vient de partout. Très guttural, presqu’à mi chemin entre le croassement et les percussions de bois.
Il enfle, fluctue, nous enveloppe. Ce bruit troublant nous indique quelque chose de grand, d’énorme. C’est excitant, mais aussi un peu troublant. Je n’ai jamais entendu rien de tel… Ou si, peut-être, pendant une émeute. Le centre ville résonnait, ses murs protestaient, amplifiant les sons de bagarres, de casses.  Les bottes cloutées de l’escouade anti-émeute chargeant, les matraques contre les boucliers, avertissant quiconque se trouvant dans leur chemin que ce soir risque de devenir un enfer.
C’est le son de plusieurs milliers d’individus, qui célèbrent, qui se battent, qui protestent. Un joyeux bordel communautaire.
Mais bon… Je suis sur l’île Bonaventure, pas à Montréal!
Nous débouchons sur la falaise, un spectacle impressionnant, presque surréel. Des dizaines de milliers de fou de Bassan.
Puis il y a l’odeur.
Elle vous prend au nez. À la gorge.
On ne sait pas trop, si on va s’y faire, ou bien s’en écœurer.
Le spectacle est tellement fascinant.
Ils sont partout, dans les airs, sur terre… Ils couvrent l’espace, le remplissent.
On oublie de regarder le panorama, la mer à perte de vue… Désormais presque banal.
Il y en a tellement. Incapable de se reconnaitre entre eux. Simplement rattachés à leurs nids.
Tellement absorbés à survivre et à perpétuer leurs routines, la nidification, la chasse, l’accouplement, la mort.
Ces oiseaux, à mon avis, sont d’une cruauté sans bornes. Ils s’attaquent entre eux, sans hésiter, et protègent leur nid à tout prix, sans jamais se poser de questions. La femelle est dominée, et doit se soumettre en montrant son cou, ou périr.
Si leurs rejetons tombent du nid, à quelques centimètres, ils le repoussent comme un intrus, prêt à le tuer, et le laisse mourir de faim… À moins qu’un voisin s’en charge à leur place.
Ils  s’absentent très longtemps pour trouver de quoi se nourrir, parcourant des distances incroyables pour revenir à bon port. Leur technique de chasse est redoutable, lorsqu’ils piquent vers leurs proies, déjà mortes avant de le savoir.
C’est une communauté fascinante et terrible à la fois.
Les fou de Bassan…
J’ai l’impression de voler depuis tellement longtemps.
Mon crâne résonne. Lors de ma dernière piquée, j’ai due heurter quelque chose.
Je ne sais plus ou je suis. Alors je vole.
Je finirai bien par retrouver mon chemin, une référence, un indice qui saura bien m’indiquer le chemin vers mon nid.
En attendant, j’ai l’impression de tourner en rond. Je suis habitué à voir la mer défiler sous mes ailes et parfois, quelques maisons de pêcheurs aux couleurs vives. Les maisons sont devenues de plus en plus nombreuses, la lumière est plus glauque, l’air me brûle les poumons et me tourne la tête.
J’entends ce bruit ambiant qui fait vibrer mes os. Tout n’est qu’une immense vibration, enrobé d’une odeur de pétrole et de diesel.
Bientôt, ma compagne va être trop faible, elle qui m’attend depuis si longtemps… Elle n’occupe pas souvent mes pensées. C’est naturel pour nous, d’attendre l’autre. C’est dans l’ordre des choses.
Ce n’est pas comme chez les humains d’en bas.
Il y en a tellement. Ils sont partout, dans leurs coquilles bruyantes sur quatre roues.
Ils se cachent du soleil, je ne les vois jamais nourrir leurs enfants. Ils sont toujours en mouvement, stressés, anxieux.
Ils semblent vivre dans la propreté, mais couvre l’air et la mer de leurs déchets.
Je vois leurs nids monstrueux à perte de vue. Ils partent le matin, reviennent le soir. Sans buts.
J’entends les sirènes, je sais qu’ils sont capables de tout, mais pas seulement entre eux… Ils sont capables du pire pour tout ce qui les entoure.
Par une des fenêtres d’un de ces énormes récifs qu’ils habitent, j’entends une violente dispute. La femelle se montre pourtant soumise, mais le mâle continu, s’acharne… Je ne comprends pas.
Il l’a  pourtant reconnu comme sienne, mais il persiste à la traiter comme nous traitons les intrus.
C’est une communauté fascinante et terrible à la fois.
Les humains…
 

dimanche 26 septembre 2010

En clair obscur

Elle :
J’aimerais avoir la foi.
Une vraie, pas une de celle qui vient lors des mauvais moments à passer.
Petite, j’allais à l’église le matin avant d’aller à l’école et j’espérais être complètement chavirée par un appel de Dieu.
Je viens d’une culture religieuse mixte. La semaine, catholique et la fin de semaine protestante. J’aimais les rites chez les catholiques. La répétition comme un mantra des prières, des codes précis où on ne peut se tromper.  Chez les protestants, j’aimais la communauté, le fait qu’il y avait beaucoup d’enfants, l’école du dimanche. Et les chants ! Chanter à l’unisson des prières, des odes à Dieu. Juste d’y penser me donne le sourire.
J’ai aimé avoir la foi. J’aimais cette idée que Dieu m’avait choisi, je me sentais privilégiée d’être de sa famille. Je priais le soir et le matin et le midi aussi. J’avais cette idée qu’il fallait que je sois dans les rangs de Dieu pour être sauvée. J’avais compris la notion chez les protestants où l’on doit accepter Dieu dans son cœur pour l’être. Chez les protestants, personne ne le choisit pour nous à la naissance. C’est un choix éclairé que l’on fait dans un cheminement d’éducation religieuse. J’aimais cette idée de pouvoir avoir le choix.
Je continuais tout de même à fréquenter les catholiques, car il y avait là tant de beautés dans les lieux de culte. Et les odeurs d’encens et la chaleur des cierges. Je me sentais coupable tout de même de regarder toutes ses statues (interdites chez les protestants) et de voir tous ces gens à genoux devant des saints (qui n’existent pas non plus chez les protestants…). La culpabilité ne m’empêchait tout de même pas de magasiner dans l’une et l’autre de ces branches chrétiennes. Je prenais ce qui me plaisait chez l’une et ce qui me plaisait chez l’autre et m’inventait une croyance bien à moi, à l’image de mon identité un peu décousue, de fille déracinée. Je m’inventais une religion aux branches multiples.  
J’ai aimé avoir la foi, mais je l’ai perdu. Je suppose que ça s’est fait graduellement, au fil des lectures, de mes réflexions aussi. Je l’ai perdu comme on perd ses clés. Je l’ai cherché un peu au début et ensuite, voyant que je ne la retrouvais pas, eh bien j’ai abandonné la recherche. J’ai perdu la foi dans un acte de révolte. Dans un moment où la plupart des gens se tournent vers Dieu et demandent des comptes, le pourquoi du comment. Moi j’ai senti au plus profond de moi que si Dieu existait, il ne permettrait pas que des gens se tuent aussi jeunes, par désespoir.
J’ai perdu la foi, dans un geste d’éclat, lors d’un chant (moi qui aime tant les chants…) d’anniversaire, chanté à mon amie I., morte par pendaison, morte par choix. Un chant d’anniversaire, car ses funérailles se sont déroulées la semaine de ses 18 ans. Entendre et voir tous ces gens dans une seule voix lui souhaiter bonne fête (!!!!), m’a scié les jambes, a enlevé l’idée de Dieu dans mon âme, dans mon cœur. J’ai été révolté de voir ce guide spirituel nous faire chanter un chant si vivant, pour mon amie qui était si morte.
Je me suis levée, j’ai marché vers les deux immenses portes, par l’allée centrale, j’ai regardé bien devant moi et je suis sortie. Les portes ont claquées. Dans mon souvenir c’est comme si le bruit était assourdissant. Mais je suppose que c’est mon cœur qui battait de façon assourdissante, mon cœur qui faisait tout ce bruit à l’intérieur de moi. J’ai quitté Dieu en claquant la porte. Je me suis assise sur les escaliers du perron de l’église, tout près de mon prof préféré, mon mentor, mon guide de vie de l’époque. Il m’a regardé, m’a dit simplement quelque chose du genre : « C’est assez hein ? »… « Oui, c’est assez… » Et on est partis.
J’ai quitté Dieu en claquant la porte et depuis j’aimerais avoir la foi.
Je garde de cette époque, la fascination des rituels, l’amour des cierges allumés et des odeurs d’encens. J’ai cette curiosité de la foi des autres et je suis intéressée toujours, d’en savoir plus. Je photographie les églises, comme d’autre le font de leurs amis. Car je crois que ces lieux sont pour moi encore aujourd’hui, des lieux de paix, de calme et de réflexion.
Un jour j’ai claqué les portes sur ma foi, mais pas sur la beauté que la foi a engendrée dans le monde.
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Lui :
Les nuages peuvent être violents, dramatiques, mais aussi légers, voir vaporeux.
Parfois, ils enveloppent l’environnement et transforment notre monde, le rendent propice à l’apparition des chimères.
Marcher en altitude devient une aventure, favorise l’introspection.
Ces volutes blanches qui caressent les cimes, comme des amants qui se retrouvent enfin et s’étreignent avec le troublant désir de ne plus jamais se séparer.
Cette magie puissante qui fouette l’imagination. Ce plaisir qu’on a, en avion, d’enfin voir les nuages de proche, et cette envie de pouvoir les toucher, comme s’ils étaient palpables et doux.
Évidemment, il était prévisible que le clergé récupère cette impression pour décrire le paradis, perché dans le ciel, hors d’atteinte si ce n’est que dans la félicité et la mort.
On ne revient pas du paradis.
Comme on ne revient pas de l’amour.
À moins que le paradis devienne un enfer.
Lesquels n’existent pas l’un sans l’autre.
Cet équilibre troublant, démontrant que la vie n’existe pas sans la mort, que la lumière n’existe pas sans obscurité.
Cette croix, un peu orgueilleuse, qui ne daigne pas toucher le ciel, qui se garde chaste de ne pas l’effleurer, peut-être dans la crainte d’y succomber.
Cette image plus spirituelle que charnelle, qui me désole dans sa retenue. Je la trouve contre nature. Elle me trouble, car je la trouve belle aussi.
C’est un clair obscur.
C’est la piété inondée de lumière, sur fond de néant. Au-delà, point de salut.
Pourtant…
Les hommes qui ont érigés ces monuments étaient souvent bien pauvres. Le pouvoir religieux ayant commandés pareilles réalisations se couvrait d’or à même leurs poches et leur sueur.
L’église commande l’humilité.
Le peuple est le réel pouvoir, mais se laisse gouverner par le roi.
Il n’y a pas de logique sans absurdité…

samedi 11 septembre 2010

La porte


Elle :
Voilà la porte est maintenant fermée.


Pour toujours elle va ressentir le manque de lui.


Mais pourquoi donc faut-il jeter des poignées de terre sur les tombes ?
Parce qu’elle ne souhaitait rien lancer du tout, pas même des fleurs, qu’elle ne voulait pas voir tourbillonner dans sa tête les images et les sons qui sont reliés à ce rite funéraire, elle a fait construire un caveau.
Comme une maison. Avec une porte en fer. Une porte qui, avec le temps, pourra s’enorgueillir de patine. Un peu de rouille ici, un peu de vert de gris là. Ils aimaient tant regarder l’usure sur les choses. Ils en étaient fascinés. Trouvant de la beauté, là où la plupart trouvait à redire.
Elle sait que de cet endroit elle peut en faire quelque chose de chaleureux, de sauvage aussi. Elle y mettra des plantes, des fleurs aussi. Elle en fera un endroit qui la ramène à lui.


Elle se doute qu’elle viendra s’y assoir, lire près de lui.



Il est mort.
Trois mots.
Trois syllabes.
Trois mots et un point.
Ça aurait pu être un point d’exclamation, mais elle n’a plus la force de s’exclamer, juste la force d’un tout petit point, un point de fin de phrase. Comme un soupir.
Il est mort.
Quel vide immense !
Quel trou béant tout au centre de son corps, de son cœur.
Il est mort, il est mort, il est mort. Une litanie dans ces mots, elle essaie d’en enlever le sens en les répétant ad nauséam, comme un mantra.
Mais le sens reste, intact.
Il est mort.



Elle n’arrive pas à verrouiller la porte à clé. On lui explique bien tranquillement, comme à une enfant, combien important ce serait, mais elle ne s’y résout pas, elle ne souhaite pas d’entrave entre elle et lui. Et si le « repos éternel » n’existait pas. Si les morts pouvaient choisir de « partir » ou rester parmi les vivants ?
Si ce choix existe, elle sait alors qu’il viendra l’aimer encore et longtemps, qu’il la regardera pendant son sommeil, qu’il lui chuchotera des mots doux dans l’oreille.
Elle se moque d’elle-même. Que la porte soit verrouillée ou pas, il viendra. Mais c’est comme un message qu’elle veut laisser, un code :
« Tu peux sortir, tu n’es pas enfermé là pour l’éternité. Va. Explore comme tu aimais tant le faire vivant. Et raconte-moi tout. Tu racontes si bien. »
Ces pensées l’apaisent bien plus que les sourires contrits et les accolades d’usages.

Il est mort, il est mort, il est mort



Comme ils arriveraient à en rire ensemble. Ils avaient surmontés bien des tempêtes en riant. Leurs mains soudées et leurs rires sonores face à cette vie qui n’offre pas toujours des choix faciles et des qui présente bien plus souvent des chemins sinueux, que droits et clairs.
Il lui manque tellement lors du choix des fleurs, des mots à dire pendant la cérémonie.
Elle a beau être certaine qu’il voudrait qu’on rie, qu’on danse et qu’on cite des vers grivois.
Comment faire tout ça, s’il n’est pas là ??

Plusieurs années on passées.
Au début, cette porte en fer l’a soutenue, quand elle est venue s’y appuyer pour lire, pleurer, crier….
Puis peu à peu… ses visites sont devenues plus festives, moins assidues aussi.
La peine a fait place au plaisir des souvenirs.
Puis.
La vie étant toujours la plus forte, a permis à la guérison de faire son œuvre, remplie de tout l’amour qu’elle avait reçu de lui, elle a continué sa route, plus forte, plus vivante que jamais.
Venant de temps en temps lui partager sa vie, venant s’assoir, planter de nouvelles fleurs, lui présenter son nouvel amour aussi. Elle savait qu’il apprécierait la voir heureuse
Il y a longtemps maintenant qu’elle est morte. Longtemps qu’elle a rejoint le pays d’où on ne sort que par les souvenirs des gens qui nous aiment.
Et c’est moi, sa petite fille qui vient ici de moins en moins souvent, mais qui garde intact tout près de mon cœur le souvenir de la femme amoureuse qu’elle a été de mon grand-père. Qui regarde cette porte patinée de rouille, de vert de gris et qui sourit de la grande force de la vie qui grandit un peu plus chaque jour dans mon ventre…. Je sais qu’elle apprécierait. Beaucoup !
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Lui :
L’entrée d’un caveau… Sorte de guichet d’admission vers l’au-delà.

Quel sujet délicieux pour introduire notre premier texte…
Dans le bonheur d’arpenter les anciens cimetières et leurs merveilles, leurs détails, l’amour et la peine dans un même élan, parsemés ça et là.


Se laisser transporter par la plénitude des lieux, apporter un peu de chaleur à ces êtres déchus qui n’ont peut-être pas su en profiter.
Difficile de ne pas être touché, de ne pas être inspiré par l’amour de la vie et des gens chéris, dans un dernier adieu parfois poignant. Toutes ces fleurs, ces épitaphes…
Pourtant, on ne devrait jamais avoir à se rappeler qu’après le deuil, il reste tous ces gens qui nous entourent dans le quotidien… Sorte d’épreuve qui doit nous remettre les pieds sur une terre bien grasse de tout ce qui était vivant, prenant cycle dans un mouvement perpétuel.
Le mouvement…
Imperceptible, implacable.
La vieillesse, l’usure, contre lesquels nous livrons un combat épique, au lieu de constater que c’est là l’ordre des choses.
Abandonner…
Non pas, faire preuve de faiblesse!
S’abandonner au changement, s’offrir…
Prendre part à ce grandiose défilé cosmique, suivre le flot, se réaliser.
Dans certaines cultures, la mort n’est qu’une nouvelle étape, un changement. Après tout, c’est la seule certitude que nous puissions avoir dès notre naissance!
La langue Française nous apprend que ce qui est funèbre, est par défaut ennuyeux, lugubre, sinistre.
À l’opposé d’un nouveau départ, on s’attarde sur la fin du cycle.
Plus jeune, je me rappelle entendre parler de ces histoires de veillées funèbres ou les convives giguaient, le mort dans son cercueil ouvert, debout, parmi ses amis. Pour une dernière virée d’enfer, à partager les rires et la joie. À célébrer la vie, une dernière fois, en sa compagnie.
Non…
Nous aseptisons la mort. Nous la rendons propre, sans saveur. Nous l’occultons.
Nous la fuyons…
Pourquoi résistons-nous aux changements de la sorte?
Alors que le jeune enfant ne veut jamais se coucher, lutte jusqu’au bout de ses forces pour ne pas sombrer dans le sommeil, pourtant si réparateur, prometteur de journées encore plus excitantes.
Il y a tant à découvrir… Dormir semble une punition qui le prive de se gaver de cette nouvelle vie.
Plus tard, en tant qu’adultes accomplis, après une dure journée de travail, nous ne pensons qu’à aller nous coucher, rompu par la fatigue.


Ou est passé cette soif de vivre? De découvrir?
Elle réapparait parfois, lorsque nous sommes confrontés à la mort, si elle ne nous a pas encore fauchés.
L’homme se bat pour enfermer la vie dans un cadre sécuritaire, comme il a tenté d’enfermer la femme au foyer. Mais la vie évolue, et se charge de faire éclater les restrictions. Elle fait voler en éclats les barrières que l’homme tente de lui imposer.
L’évolution, quel mot! Un concept plus effrayant que n’importe quel charnier.
Pour chaque espèces ayant survécues, combien ont péries, oubliées, absorbées par le mouvement du temps, happées dans son courant.
L’évolution… Nietzche a bien dit que ce qui ne te tue pas te rend plus fort, et Darwin parle de la sélection naturelle. Mais qui donc, parmi ces grands savants, parle de plaisir.
Pourquoi l’évolution serait axée sur le triomphe de la vie sur la mort, sur la souffrance et le labeur?


Assez parlé de philosophie, de grands enjeux…
Versons-nous un verre de vin, une bière fraiche, un verre de lait. Un café, une tisane… Quelque chose d’agréable… Allez! Zou, un effort que diable!!!
Pour écrire ce texte, le seul prétexte doit donc être le plaisir.
Celui de partager, de communiquer… La communion des esprits.
Malgré la fatigue des longues journées de travail et la vie familiale à cinq, l’appel de la plume est le plus fort, l’excitation doit l’emporter.
Une porte qui m’attend.
Est-ce un échappatoire?
Une fuite? Le désir de prendre la porte?
Je ne crois pas. La porte d’un caveau ne mène nulle part…
Ou plutôt si. Vers un autre monde.
Un voyage vers l’inconnu avec vous, celui d’une page à remplir et à commenter.
Pousser, ouvrez cette porte qui vous appelle. Ne vous laissez pas impressionner par sa noirceur, qui ne vise qu’à décourager les simples d’esprit. Poussez, fortement… Elle est fermée depuis si longtemps. Ses lourdes charnières sont coincées dans la rouille.
Entrez… Sentez l’odeur de la terre humide qui s’infiltre dans vos narines.
Mais n’allez pas mourir pour autant, restez avec nous pour partager les prochaines photos…