dimanche 4 novembre 2012

Les Attentes


Lui:
Déni?
Rêves?
Fantasme…
Projection concrète ?
Espérances…
Désespoirs…
Bienvenue au pays de la météo… Dans un univers où je voudrais performer et réaliser mes buts les plus fous.
Aujourd’hui, probabilités de réaliser mes objectifs de 60%.
Taux d’évènements contraignants de 20%.
Satisfaction relative de 25%.

Demain, ensoleillé…
Les attentes sont un château de cartes… Un salut financier au casino.
Je dis toujours que si les attentes exacerbent le désir, elles finissent souvent par tuer le plaisir.
Elles sont le prélude de la déception.
Elles sont l’enfant en nous, qui constate qu’un comptoir de limonade à cinq sous le verre ne pourra pas remplacer le job que papa a perdu.
Un espoir fou, qui donne des ailes.
Une pensée fugace qui nous fait sourire.
Un boulet qui peut nous plonger dans l’abîme.
 Pour moi, c’est un paradoxe. Une quête d’un juste milieu fluctuant.
J’aime cette douce folie, cette ambition qui donne des ailes.
Toute grande réalisation commence par un rêve.
Mais une fois engagé sur le chemin de la réalisation, il n’est plus permis de regarder en arrière.
Nietzsche affirme que « douter, c’est ouvrir la porte à l’échec ».
Est-ce que l’attente est le maillon faible de la détermination?
L’attente du retour de celle que j’aime, après une longue absence, qui rend ce long baiser plus savoureux que tous les festins gastronomiques de la terre.
La différence entre faire l’amour et faire le sexe…
Le climax, propulsé par l’attente, car on sait déjà notre compatibilité chimique.
Puis quoi?
La routine…
Le quotidien et ses irritants qui nous font sourire… 
Mais qui, comme les vagues, grugent la falaise immuable, la réduisent doucement en sable.
L’amour se transforme en sexe.
Devient banal.
On oublie ce qui est toujours présent.
On s’oublie. On se perd.
Disparition de l’amour vers le néant d’une vie de labeur.
Alors peut-être que les attentes sont le sel de la vie?
Trop de sel vous durcit les artères… Cela finit par vous tuer.
Pas assez de sel….
Aucun goût.
Plus d’électrolytes.
Pas d’action.
Bon…
J’ai de grandes attentes en ce moment.
Je vais trouver le juste milieu.
Je m’y attèle maintenant. Mais je dois préparer le souper.
Peut-être après le lavage.
Ce soir, il y a cet ami que je n’ai pas vu depuis longtemps.
Demain alors.
Mais demain, c’est si loin.
Et si ma mémoire est bonne, lorsqu’on annonce ensoleillé, il finit parfois par pleuvoir, alors qu’à l’inverse, on peut rester à la maison et manquer une belle journée.
On ne peut rien prévoir avec exactitude.
C’est la seule chose exacte que je sache, en dehors de la certitude de mourir et de payer des taxes.
Sans attentes, on ne peut-être déçu.
Mais il manque ce petit «oumpf ».
Moi qui suis si affecté par l’ordre des choses… Je suis condamné à vivre dans le chaos.
Alors soit!
C’est mieux de valoir  la peine!
Je ne m’attends à rien de moins.
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Elle:
Petite fille toute menue, avec des yeux si grands qu’ils mangent son visage. Sur la galerie devant la maison. Elle essaie de s’amuser, mais tourne constamment son regard vers le bout de la rue. L’attente est si longue, qu’elle se prend à désespérer la venue de celle qu’elle attend pour aller passer une fin de semaine loin de ce balcon maléfique.
L’attente est toujours longue et ardue lorsque ce qui s’annonce sera de l’ordre du plaisir.
Il passe son dimanche à se promener entre sa chambre et l’ordinateur sur la table de la cuisine. Il soupire et tourne en rond. Il se tend comme une corde sur un arc, se dit qu’il devrait sortir quand même, devrait même appeler une amie et profiter de ce soleil si bon. Il essaie de lire dans le hamac, se relève, parle un peu aux gens qui l’entourent. Finalement il n’aura aucune nouvelle de cette personne qui encore une fois, a autre chose à faire que de passer son dimanche avec lui. Triste mais aussi peu fier de lui, il boude dans sa chambre en écoutant trop fort sa musique qui défoule!
Être déçu de ne pas faire ce qui était prévu. Ne pas savoir comment s’extirper de cette mélasse qui colle au cœur, ne pas être fier de ne pas avoir profité du bon temps et d’avoir attendu. Se dire qu’on ne se fera plus prendre… Et pourtant s’y faire prendre trop souvent!
S’élancer corps et tête perdus dans une relation en ayant l’espoir que ça nous changera de lunette face à la vie, en espérant qu’enfin ce sera facile, joyeux et lumineux. Mettre sa vie en attente que l’autre y apporte sa lumière. Ne plus voir ni le soleil, ni la lune, ni même ses enfants rire. N’être qu’attente et à fleur de peau. Tendue. Marcher sur un fil mince et vertigineux. Tomber et avoir mal, parce que l’autre ne peut changer toutes les saveurs et les couleurs du monde qui nous entoure. Se rendre compte que nous sommes les seuls porteurs de ces lunettes et que c’est à nous de les changer…
Combien de personne sont déçues de leurs relations amoureuses et amicales? Combien de fois ça nous arrive de penser que la vie va prendre un raccourci favorable en présence de l’un ou de l’autre? Comme il est dur de frapper le mur des attentes en couple. Beaucoup n’y survivent pas d’ailleurs…
 

mardi 30 octobre 2012

La souffrance

Elle:

C’est venu tout à coup. 
Par vagues. 
Et puis la tempête s’est déchaînée, les vagues se sont transformées en raz de marée et la douleur a été fulgurante, intense. J’ai pleuré. 
Crié aussi. 
J’ai tendu la main, demandé grâce. 
On m’a dit de respirer, d’être patiente, de me fondre dans cette douleur… 
Au moment où je n’en pouvais plus. Je t’ai vu. Toute belle, toute fripée par les efforts que tu avais eu à faire toi aussi, pour connaître le froid de l’air sur ta peau, pour respirer seule.
Accoucher a été pour moi, une étape importante. L’acte d’accoucher, l’état d’avoir mal de cette façon et si longtemps!
Je suis très sensible à la douleur et je n’arrivais pas à croire que je passerais au travers cette épreuve non négociable d’avoir un enfant. J’avais une peur bleue de ne pas être assez solide pour supporter ce qui me semblait être la chose insupportable au monde!
Aujourd’hui, 20 ans après, je fais mentir tous les gens qui m’avaient promis que je ne me souviendrais plus du mal que ça fait!
Je m’en souviens très bien!
Mais ce souvenir laisse en moi quelque chose de plus grand et de plus envahissant que la peur.
J’ai réussi!
J’ai surmonté mes craintes et j’ai été capable de mettre au monde un enfant. La tempête a été intense et a duré plus de 30 heures, dont 28 sans même une minute entre chaque contraction. Mais j’étais là!
Lucide, solide.
Et seule face à ce bouleversement.
Car même accompagné, on est seul face à nos peurs, aux douleurs aussi.
La force intérieure que j’ai puisée de ce grand moment dans ma vie est encore présente aujourd’hui. J’ai accouché ce 10 décembre de la force autant que de ma fille. J’ai accouché de la puissance faite femme, faite moi! Je ne me connaissais pas cette force intérieure, je n’avais jamais eu à surmonter aussi grande souffrance physique. J’en puise encore aujourd’hui une grande fierté!
Son corps est devenu tout mou, ses yeux vitreux… Le teint cireux… Si petit. Il ne boit plus de lait. Vite. À l’hôpital! Ils l’ont gardé une bonne semaine. On ne sait pas ce qu’il a eu. Des virus il y en a tellement!
Il s’est fait réveiller toutes les heures et j’ai caressé ses petits cheveux tout doux, d’enfants de trois semaines…
La douleur que j’avais de le perdre. La douleur que j’avais de ne pouvoir m’occuper de sa sœur à la maison. La douleur infernale du manque de sommeil et de la peur de me faire dire que c’était grave…
La douleur pire que la douleur physique est celle de craindre pour la vie d’un être cher (j’allais écrire chair pour bien illustrer mon propos…)
Ne pas savoir, s’en faire accroire aussi, car tous les possibles et les impossibles sont là devant.
La fatigue n’aidant pas. Le lait dans les seins qui se gonflent d’orgueil, le choc hormonal après l’accouchement. Les pleurs inconsolables de notre enfant dans nos bras… Cette douleur que l’on ressent physiquement est incroyablement dévastatrice, drainante. C’est une douleur invisible, qui ne se voit pas à l’œil nu, mais qui vit dans chaque molécule de notre corps quand la peur nous envahit.
Le soulagement de la santé qui revient, de la couleur sur les joues qui réapparaît… Le soupir de soulagement quand de retour à la maison, j’ai pu dans mon cocon, me coller sur mes deux enfants en vie.
On voudrait tous passer outre les souffrances. On voudrait avoir une passe spéciale avec la vie, un pacte avec le diable pour s’en sortir.
Mais elle est ainsi faite la vie. Elle apporte avec le temps son lot de tracas et son lot de souffrance. L’amour, l’amitié, la famille ne peuvent nous en épargner. Mais si on regarde bien. Si on est honnête, sans elle, souvent on ne mesure pas la chance que l’on a quand elle ne se pointe pas. La souffrance, les douleurs qui l’accompagnent forgent aussi la personne que l’on est. 
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Lui:


Pour certains, elle lave les péchés du monde.
Pour d’autres, elle fait office de justice.
Elle peut être le résultat d’un évènement auquel on ne trouve pas d’explications.
Elle devient inexplicable, sans raison.
Comme la perte d’un être cher qui laisse tant de questions sans réponses, perdu dans l’obscurité entre tant de possibles qui se chevauchent dans le chaos.
Mais sans la souffrance, comment pourrions-nous quantifier le plaisir?
Il serait acquis, normal, banal.
Quel serait le moteur qui nous pousserait à commettre des gestes insensés pour l’être aimé?
Quelle serait la frontière qui nous indique que la mort rôde et nous attend si nous continuons dans cette direction.
Elle est universelle, faisant fi de la richesse ou du sexe, mais elle se régale particulièrement des êtres dont le cœur immense les empêche d’être distants.
La souffrance nous apprend la compassion, elle tisse les liens du sang et bâtit des amitiés à l’épreuve du temps.
C’est l’épreuve nécessaire, le passage rituel, la marque qui nous rend notre humanité.
Elle fait de nous un adulte, parfois avant le temps.
On peut vouloir s’en protéger en dominant son corps au-delà de ses limites physiques, mais elle a encore le pouvoir de s’insinuer dans le cœur des plus forts pour les mettre à genoux et les écraser dans un tourbillon de larmes.
Elle nous apprend l’humilité.
La compassion.
L’amour.
C’est la nuit qui ouvre la porte au soleil.

Ce sont des mots que je puise loin.
Ils sont peut-être trop lointains pour ma fille cadette.
Dis-toi que lorsque ta main est enfouie dans la mienne, plus rien ne peut l’atteindre.
J’ai accumulé toute ma souffrance pour en faire un bouclier et te protéger.
Parfois, quand je suis avec vous, j’ai presque l’impression que mon cœur de père pourrait arrêter la charge d’un train.
Ma blonde à raison.
Vous me rendez invincible.
Jamais je n’hésiterais à me sacrifier si j’avais à le faire.
Vous m’avez montré un côté lumineux de la vie que je ne connaissais pas. Je vous en serai toujours reconnaissant.
Vous avez nourri quelque chose qui a grandi, puis a fini par prendre tant de place. Une grosse boule de chaleur et d’amour qui m’a transformé.
Vous m’avez montré, avant même de le connaître, ce qu’est le véritable amour.



mardi 23 octobre 2012

Le lâcher prise

Lui:


C’est parfois l’histoire d’une vie.
Le refus de reculer, d’accepter qu’on puisse s’être trompé.
La persistance de continuer à s’enfoncer alors que plein de portes vers des destins radieux sont ouvertes.

Pourquoi moi!?!

Pourquoi pas!?!

Lâcher prise, c’est cesser de vouloir faire payer celui qui vous a fait souffrir.

Il vous a déjà oublié.

Lâcher prise, c’est enjamber une faille béante sur des abîmes immondes.
C’est sentir le vide de l’inconnu nous appeler dans un hurlement terrifiant, aspirant la confiance, détruisant nos repères.
Puis souvent, une fois la faille enjambée, notre zone de confort se trouve repoussée.
Lâcher prise n’est pas un échec, c’est un remède contre l’inertie, c’est le choix d’être en mouvement dans un monde où ce qui est immobile s’effrite pour se répandre et se perdre dans l’univers infini.
Le confort n’est pas forcément synonyme de bien-être.
On peut trouver un certain confort dans une prison, dans l’assurance souffrante  d’être en terrain connu.
Explorer, c’est avant tout s’ouvrir sur de nouveaux horizons. Ce n’est pas toujours risquer sa vie. Mais qu’importe le risque quand on peut mourir d’ennui, quand on suffoque dans notre prison de turpitudes. Mieux vaut risquer sa vie, quand on risque de mourir à ne rien faire.
Il faut juste sortir le nez dehors.
Lever la tête.
Plonger son regard dans le firmament pour contempler cette multitude d’étoiles.
Cette lumière spectrale qui nous provient du passé.
Pour avancer, il faut se détacher des considérations et faire le saut.
Il ne faut pas attendre la lumière, mais se préparer dans l’ombre.
La lumière suivra. Elle est toujours attirée par les gens heureux ou par ceux qui ont du succès.
Je vous en souhaite tout plein.

Elle:
Si je lâche prise, je meurs.
C’est comme ça que je sens le lâcher prise.
Et je veux vivre.

Pour elle… Si je lâche prise elle meurt. 
Je le sens dans mes trippes. 
Pourtant le salut passe par là. 
Je le sais. Et elle ne meurt pas. 
Mais tout au fond de moi, reste cette peur immuable.
Pour lui… si je lâche prise, il n’apprend pas à avoir des réussites, il ne comprendra pas à quel point il peut être doué. 
Si je lâche prise, il reste collé avec cette étiquette au front; un peu de ceci et de cela aussi… Il ne s’adaptera pas… 
Et pourtant je le vois, il le fait. Mais jamais ce ne serait parce que je n’ai pas lâché prise… Non. C’est parce qu’on est chanceux. On a tiré le bon numéro.
Pour nous, lâcher prise veut dire tout ça pour rien. Il n’en n’est pas question.
Pour moi.
Si je lâche prise… Je meurs.
Je ne peux professorer sur le lâcher prise. Je ne sais pas comment ça marche.
Sauf dans mes errances ou mes pires défauts comme mon poids. J’ai lâché prise il y a de cela bien longtemps.
Je ne peux donner de leçon à personne sur le lâcher prise. Ni dire si c’est mieux ou pas. Pour moi, ce n’est tout simplement pas une option.
Dans la vie on fait souvent du mieux de nos connaissances. Je ne connais pas mieux que de ne jamais lâcher. À toutes les fois où j’ai lâché prise, je me suis perdue un peu plus.

mercredi 10 octobre 2012

L’inertie


Elle:
Inertie.
Ineptie de l’esprit.
Inertie.
Paralysie de l’âme.
Inertie.
Arrêt d’agir.
Inertie.
La peur de l’inconnu.
Inertie.
Voile devant tous les possibles.
Inertie.
Voie royale vers l’immobilisme.
Inertie.
Ennemie ou amie?
La mer est le contraire de l’immobilisme, avec le roulement incessant de ses vagues qui transportent tant de vie qu’on peut jeter une bouteille à la mer en Gaspésie et la retrouver des mois, voire des années plus tard, quelque part sur les côtes de l’Angleterre.
Avec son roulement incessant, des bouteilles de rhum datant des années de la conquête de l’Amérique, se retrouvent polies et fragmentées sur les berges du Nouveau-Brunswick, on peut alors les cueillir dans le sable et s’en faire mille et un bijoux magnifiques.
Le roulement incessant des vagues peut donner le tournis, la nausée, peut exaspérer le chercheur de calme et de repos.
La vie qui bat, qui foisonne et qui revendique ses droits, n’est pas reposante.
Elle existe, point.
L’inertie quant à elle, c’est la montagne immense qui prend racine aux tréfonds de la terre, qui s’y enlise au point de faire partie du paysage et de ne plus en disparaître. Elle est si solide que la vie elle-même y prend racine et se développe.
L’inertie a la stabilité des racines d’un olivier qui peut vivre jusqu’à 300 ans dans la même terre et continuer à donner des fruits. Car oui, l’inertie sait aussi être fertile, sait aussi être utile.
Lorsqu’inerte petite, je regardais les nuages en inventant mille et une histoires, je travaillais mon imagination fertile. Maintenant si je suis couchée trop longtemps à les regarder, je suis cette montagne qui ne bouge pas, mais je ne suis pas certaine d’être fertile dans la vie utile. Ma vie de mère et de femme. Je ne suis certes pas utile à travailler sur mes rêves. Je ne fais que les pelleter, ces nuages en formes d’images.
Pourtant. Je pense qu’il est important de jouer sur les deux pôles. Important l’inertie, importante l’action aussi.
L’équilibre, le pont entre la montagne et la mer, c’est peut-être le lieu où il faut être. Un peu jongleurs de rêves et agitateurs d’eau. Un peu comme un lotus qui sait si bien flotter sur les eaux, être assez stable pour qu’un crapaud vienne s’y reposer et de par sa présence, enjoliver l’espace tout en permettant à la vie de croître…
Soyons lotus, soyons rêveurs, soyons actions.
Soyons le pont entre la montagne et la mer….



Lui:
C’est la montagne qui ne viendra pas à vous.
C’est la rançon de l’effort.
Un plongeon qu’il faut faire dans des eaux troubles, loin du confort.
C’est le début d’un long siège. D’un matin brumeux que le soleil ne parvient pas à réchauffer.
L’ennemi en nous, s’infiltre et nous vide de notre énergie vitale.
La seule arme pour combattre l’inertie, c’est l’action.
Elle semble bien lourde.
Dans son socle de pierre.
Dans sa gangue de rouille.
Toute autre solution s’approche dangereusement du déni;  un allié de l’inertie dans ce combat entre la lumière et l’obscurité.
Ses doigts glacés nous gardent dans les profondeurs cachées, distordent la réalité, nous empêchent de tenter une sortie pour briser l’isolement.
Elle fait briller de mille feux les raisons de ne pas agir. Elle les rend rutilantes, attirantes.
Des raisons pour s’enfoncer.
Y céder, c’est risquer l’amertume, le regret. C’est  voir le firmament recouvert d’un voile sombre.
Il faut briser le miroir qu’elle nous tend. Celui qui nous renvoie l’image détestable de cette personne que nous fuyons. Ce reflet qui fragmente notre estime et nous rend si fragiles que seule la fuite semble devenir une option.
Il faut se concentrer sur l’essentiel.
Ce que nous voulons.
Y croire vraiment.
Foncer.
Défoncer.
Hurler sa joie de vivre dans ses gestes et sa passion.
Se libérer enfin et prendre notre envol : Se réaliser.

Et plus tard, avoir ça à raconter devant un bon café.
Comme un enfant fier de son coup, pour qui la vie est encore un immense terrain de jeu.
Oui. Raconter ses faits d'armes comme les bardes le faisaient, autrefois.


mercredi 3 octobre 2012

Anges et démons


Lui:


Les gens vont et viennent.
Ils butinent le nectar de la vie.
Certains ne sont que de passage, des « survenants », des éphémères.
D’autres… Partagent de longs fragments de notre vie.
Ceux qui embellissent notre existence et y laissent un goût de miel sont des anges.
Ils rendent la pénombre plus lumineuse, le froid moins mordant.
Même le vin est meilleur, en leur compagnie.
Par contre, ceux qui laissent une blessure sanglante et répandent leur fiel sont des démons.
Ils écourtent nos nuits sans froisser les draps, nos yeux ouverts, paralysés de rage ou de terreur, les poings serrés.
Ils sont les mites dans la courtepointe de notre existence.
Ils nous manipulent par le remord, nous font douter.
« J’aurais pu faire mieux! »
« Je le savais, mais pourquoi n’ais-je pas agi! »
L’espace qu’on accorde à chacun fait de notre vie un paradis ou un enfer.
Laisser la marque d’un démon ternir le bonheur de vivre, c’est concéder une victoire au mal et donner de l’importance à la douleur.
On ne peut revenir en arrière.
Ce qui est arrivé est arrivé.
C’est immuable.
On peut vouloir faire amende honorable, rectifier le tir.
Il faut tirer un enseignement positif de tout ça.
C’est ce qu’un ange vous dirait.
Mieux vaut donner de l’importance aux anges. Aux amis qui vous aiment comme vous êtes, entier, avec vos défauts.


Je ne dis pas d’ignorer complètement les démons.
Se rappeler qu’ils existent aide à les tenir loin ou à les voir venir.

Il faut peut-être dominer nos peurs. Parce que la peur est un outil.
Elle appelle à la prudence. Elle est le gardien qui surveille.
Il ne faut pas écouter la peur, mais s’en servir.
En faire son allié. Laisser la peur vous dominer, c’est abandonner la joie et l’audace.
C’est tourner le dos à la spontanéité et fermer les yeux, en attendant le coup de grâce.
Vivre dans la peur, c’est un peu mourir.
Ouvrez la porte au bonheur, le reste suivra.
Laissez sa chaleur réchauffer votre maison.
Devenez son ambassadeur.
Cependant, il faut savoir…Que les démons sont parfois là pour nous apprendre ce que nous ne voulons pas apprendre avec les anges.



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Elle:

Quel concept totalement en manque de nuances.
Blanc ou noir.
Comme si les anges ne pouvaient pas être parfois de vrais démons.
Voir que les démons n’arrivent parfois pas à être des anges…
Voilà que je me bute à ce thème depuis le début de la semaine.
J’ai envie de parler des démons de ma vie. Des anges surtout.
Car des deux il y en a eu.
Et parfois personnifié par une seule et même personne.
Il y a aussi les démons intérieurs qu’il faut combattre constamment. Ceux qui nous empêchent d’avancer, de voir le soleil même lorsqu’il brille.
Ces démons que l’on nourrit avec nos peurs, nos rancunes, avec l’envie, la jalousie, le désir parfois aussi.
Il y a les apparences trompeuses à déjouer.
Je me rappelle quand ma fille était petite, elle avait vu un monsieur très âgé, ridé et pas tellement favorisé par la nature, bref, pour son regard il était laid. Elle m’a dit bien fort : « regarde maman le méchant monsieur ».
J’étais scandalisé. Pour elle, déjà vers 3-4 ans, la laideur était l’égale de la méchanceté.
J’ai vu tout le travail que j’avais à accomplir pour démontrer qu’il y avait chez les gens jolis de très vilaines personnes et chez les gens laids de très gentilles personnes. Et entre les deux… Des gens bien ordinaires, qui oscillent entre les deux pôles au gré des humeurs ou encore des événements.
Dans les films de Walt Disney la nuance est rarement établie. Et les princesses gentilles sont très jolies, et les princes charmants, sauveurs de tous les diables le sont aussi. Les vilaines sorcières sont vieilles, ridées et pas tellement jolies. Du moins lorsqu’elles font des méchancetés!
Les mamans aussi ont tendances à devenir moins belles lorsqu’elles punissent leurs enfants. Mes enfants, même grands comme ils le sont maintenant, me disent que mes yeux si bleus d’habitude, deviennent noir comme charbon quand je suis en colère.
Comme quoi, même les anges comme moi, peuvent devenir des démons incroyables!
Je fais des détours, je tergiverse, je louvoie. 
La fuite est un de mes démons préféré.
Je connais des petites filles qui ont vécu avec des démons quand elles étaient petites. 
Ils n’en avaient pas l’air. 
Mais pour elles, leur odeur est à jamais associé aux côtés noirs de la force.
Ils faisaient pourtant partie de ceux que l’on félicite pour leur altruisme, pour leur générosité. 
Tellement généreux en effet!
Généreux sur le contrôle dans ce qu’il a de plus insidieux, dans la peur qu’on inflige à des enfants pour pouvoir mieux les manipuler, pour en faire de petits jouets, de petites femmes avant le temps.
Les démons qui vivent dans la même maison que des enfants, quelle horreur! 
Pire que les films d’horreur que l’on se tape à l’adolescence…
Ces filles ont vécues la peur au ventre, avec des cris qui restent si intensément pris dans la gorge qu’elles n’ont pas su pendant longtemps faire la différence entre l’angoisse et une amygdalite.
Ces filles sont devenues des femmes aujourd’hui. Elles ont eu à passer à travers tout un processus de guérison et elles ont dû faire confiance même si la peur leur faisait voir des démons partout. Elles ont appris à reconnaître les anges. Elles ont aussi compris que les démons de leur enfance avaient probablement aussi eu à faire avec des démons… Ce qui n’excuse en rien, mais qui aide à vouloir guérir pour briser le cycle démoniaque des violences, le cycle du malheur qui a cette odeur tenace qui nous colle à la peau et surtout dans le fond du regard. Car ces filles aujourd’hui des femmes, ne se laissent pas regarder au fond des yeux par n’importe qui. Même qu’elles n’oublient jamais d’où elles viennent. Elles sont prudentes, vaillantes et aux aguets. Fébriles peut-être?
Mais je les connais.
Elles sont surtout heureuses d’avoir su être capable de donner la main aux anges qui sont passé dans leur vie. Ne serait-ce que le temps d’un après midi. Parfois il n’en fallait pas plus, pour les aider à croire que la vie était belle. À croire que la lune qui brille dans le ciel, brille aussi pour elle. Même qu’elle éclaire tellement, qu’elle aide à écrire des histoires dans les draps, sur la tapisserie à côté du mur. Avec l’encre invisible de l’imagination, mais c’est ça l’important. Cette imagination qui aide à grandir le plus sainement possible.
Ces femmes, ça peut être votre mère, votre sœur, votre cousine, votre meilleure amie, votre enseignante, votre collègue…



vendredi 28 septembre 2012

-À propos de la vie

Elle:
Ce serait cliché que de le dire.

La vie est fragile.
Il faut un tas de petits miracles pour qu’un être naisse et voit la lumière du jour.
Un tas d’autres petits et grands miracles pour qu’il grandisse, s’épanouisse, jouisse et fasse à son tour un autre miracle… Pour qu’à son tour il grandisse, s’épanouisse….
Oui, c’est fragile la vie, mais si tenace et si fort à la fois.
Je me rappelle petite, avoir planté une toute petite graine dans la terre et de m’être exclamée de joie quand j’ai vu la si petite pousse verte pâle sortir trop doucement de la terre. Quand l’enseignante nous a expliqué que cet embryon d’arbre deviendrait un pommier, comme celui de la cour en face de notre classe, je n’en ai pas cru un mot! Comment quelque chose d’aussi fragile, de si petit pouvait devenir immense et si solide que je pouvais monter dedans, devenir si fécond que je pouvais en goûter les fruits?
J’ai eu le même sentiment à la vue de ma fille à sa naissance. 
Je savais bien qu’un jour elle serait grande, mais en comptant ses petits orteils et en regardant son petit nez frémir à chaque respiration, je ne pouvais croire ni même imaginer la femme qu’elle deviendrait.
La même chose pour l’amour; quand enceinte de mon fils, je me demandais comment je ferais pour aimer deux êtres autant! 
Je ne pouvais concevoir que tout l’amour que je ressentais pour sa grande sœur, pouvait exister en double dans mon cœur. Inquiète, je me demandais comment il ferait pour vivre avec ce déséquilibre d’amour. Je n’avais pas encore compris combien l’amour devient exponentiel, avec le nombre de gens que l’on aime!
Alors oui, si la vie est fragile et si dans un claquement de doigt elle peut sombrer dans les pires atrocités et ne tenir qu’à un fil. Le miracle de sa force se démontre à tous les jours. Il suffit de regarder bien comme il faut. Rien ne vient sans ce petit miracle qu’est le souffle vital qui nous habite. Il est comme un petit tison qui se transforme en petite flamme, qui fini par brûler le papier, qui brûlera à son tour le petit bois, qui lui aidera à enflammer la bûche qui nous réchauffe…

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Lui:

 La seule certitude qu’on puisse avoir à la naissance, c’est d’être destiné à mourir.
Quelle triste destination…
Pourtant, on serait tenté d’accélérer le voyage si la destination n’était pas si funeste… 
Ou plutôt devrais-je  dire funèbre.
Car la mort n’est pas forcément funeste.
Elle nous permet de prendre notre temps, ou du moins nous incite à le faire.
Prendre le temps de vivre pleinement.
Apprendre constamment pour repousser la date d’arrivée.

Au début, la vie est nue.
S’y greffent des blessures et des bonheurs qui lui donnent ses couleurs.
Cette vie qui est fragile et forte à la fois, dont il faut user sinon c’est elle qui vous usera.
Elle vous dessèchera l’âme et fera de vous un monstre, car sans admiration, il n’y a pas d’amour.
Et sans amour,  il n’y a pas d’humanité.
Il faut cette étincelle, cette folie qui pousse à surmonter les échecs jusqu’à réussir.
Sans la passion, il ne reste que des morts-vivants se nourrissant de velléités.
La passion est source d’énergie, c’est un carburant formidable.
Elle fait s’ouvrir les bourgeons qui offrent leur beauté inspirante à qui veut bien les voir.
La vie est un tourbillon de souffrances, de labeurs, de douceurs et de joies.
Il n’y a pas de joie aussi intense que la souffrance, il n’y a pas de vie sans mort.
Tout est lié.
Il faut apprendre à cultiver et à célébrer les bons moments.
Ils sont indissociables des mauvais moments.
Il ne reste que notre aptitude à choisir nos souvenirs et à aller de l’avant… Mais pas trop vite.



mercredi 26 septembre 2012

À propos de la beauté


Lui:

 La beauté plastique, 
la peau lisse, 
le corps musclé.
La perfection pour l’éternité, 
les crèmes antirides.
Les regards envieux, l’intérêt simulé pour mieux s’approcher.
L’impression parfois de devenir un bien de consommation…
Qui parle de rondeurs parfois exquises?
De la brillance des yeux et des expressions causées par les fous rires et les bonheurs incontrôlables.
Qui prône le plaisir de voir l’harmonie des formes? 
L’équilibre entre la force de l’assurance et la beauté intérieure qui se fraye un chemin jusque dans le cœur de ceux qu’on aime. 
Comment quantifier et contingenter la beauté du geste, la fluidité de l’expert qui connait l’art d’effleurer la peau et de faire naitre les frissons.
Comment expliquer que tant d’esthètes se perdent à rechercher la perfection?
Elle se cache partout!
Elle tire ses racines de l’amour.

Les athlètes fracassent des records de temps à la course. 
Leur force phénoménale nous fait croire qu’ils sont légers, que les miracles qu’ils accomplissent sont presque faciles. Mais aucun athlète ne pourrait rivaliser sur le podium avec le rire d’un enfant, ou ses tentatives maladroites pour marcher.
Qui connait le vrai amour cesse de juger et commence à voir la vraie beauté.
Le réconfort d’un geste bienveillant, parce que spontané, sans l’ombre d’un calcul.
Le regard clair, les yeux profonds qui sont souvent la porte de l’âme.

Nous finirons tous flétris et décatis, loin de la beauté superficielle véhiculée par la mode.
Votre corps n’est que le véhicule de votre pensée.
Soyez vrais et aimantes.
Voilà la vraie beauté.
Je vous trouve belles et je suis fier de vous.








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Elle:

On pourrait penser que la beauté ouvre toutes les portes. 
En apparence ça semble vrai. Mais elle n’a pas le pouvoir d’ouvrir les portes du bonheur et de la plénitude. 
Les clés essentielles à leurs ouvertures sont plus difficiles à trouver.
Un beau teint, des cheveux bien coiffés, un visage délicat ou la taille de rêve, ne donneront jamais accès à la satisfaction d’un travail bien fait, au plaisir d’une caresse de l’être aimé et de la joie du don de soi!
La beauté et ses pouvoirs ne sont pas surfaits, mais est-ce vraiment sur cette « chose » si difficile à maintenir dans le temps qu’on veut établir les bases de notre vie?
Je pose la question.


mardi 18 septembre 2012

À propos du travail...


Elle:

L’heure bleue de l’angoisse approche à grands coups d’aiguilles de seconde sur le cadran. Elle devra enfiler son linge mou et faire le café. 
Le boire à trop petites gorgées pour étirer le temps du départ. 
Nourrir les chats, vérifier si les plantes n’agonisent pas de sécheresse, lire les courriels, qui ne sont que des publicités qui vantent les mérites d’achats groupés de repas 5 étoiles. Sous la douche, laisser couler la chaleur dans la nuque, se convaincre que c’est un concept de privilégiés; l’amour de son travail. 
Un concept qui lui a échappé quelque part entre son secondaire et l’université. Entre les couches à laver et les biberons à donner. Entre deux sourires d’enfants et des pets odorants. Elle sait qu’elle a sacrifié son talent et ses aspirations à ses enfants. 
Sacrifier est un grand mot, un verbe grandiloquent. 
Elle ne pense pas que ses enfants lui doivent quoi que ce soit et si c’était à refaire, elle referait tout pareil. Elle se lèverait tous les matins pour travailler du mieux qu’elle le peut, de tout son cœur pour beurrer les tartines avec de bonnes choses, pour habiller les pieds de bas doux et pour se payer des vacances hors du balcon qui donne sur la cour du voisin un peu trop fou de sa tondeuse.
Mais elle n’y peut rien. 
Tous les matins elle se demande à quoi elle ressemblerait si elle allait au travail en chantant, heureuse des tâches qui l’attendent. Elle s’imagine bien plus belle, bien plus mince aussi. Charmante et souriante à foison! Elle est certaine au fond d’elle-même qu’être stimulée mentalement, stimulée dans son âme rend les gens beaux.
Ce qui la retient dans son travail routinier rempli de choses à faire et refaire pareillement à la veille ou à l’année qui vient de terminer? 
Presque rien au fond. 
Quelque cinq dollars de l’heure de plus que si elle allait là où c’est stimulant. Presque rien, mais concrètement c’est tout un monde. Cette différence est un pont entre avoir le loisir de choisir des asperges plutôt que des conserves, c’est aussi pouvoir s’offrir cette sortie cinéma entre filles, qu’elle aime tant. C’est savoir que le toit est assuré au-dessus de leurs têtes. C’est aussi parfois, cette escapade en amoureux, folie suprême, loin de la ville, perdue dans le vert et le vaste.
Une fois assise à son bureau,  après avoir salué les collègues qu'elle aime bien, elle arrive à croire qu’au fond, on n’est pas le travail que l’on fait, mais toutes les passions qui nous animent. Ce n’est qu’à cette heure où tout devient bleu, à cette heure du petit matin, où tout ce qui nous entoure s’enveloppe de mystère et de joliesse, que des pensées de fugues la prennent au corps, lui bouleversent l’âme. 


Et si… 
Oui. Et si…

Alors elle monte en mou, faire du café…
Et rêve que ses enfants seront des privilégiés.

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Lui:
Accomplir quelque chose, s’accomplir soi-même.
Être fier, être puissant: rendre les choses possibles.
Réparer les amitiés brisées, mais aussi s’aimer assez pour briser le lien des amitiés toxiques.
Travailler pour vivre et non pas, vivre pour travailler.
Justement. Je me demande...
En disant que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, Lavoisier faisait-il aussi allusion au fait que le travail transforme la sueur et la santé en denrées, en eau, en un toit périssable?
Le travail… Qui transforme parfois la jeunesse en fatigue, l’enthousiasme en regrets amers.
Il est de ces contrats que le diable garde bien cachés sous sa redingote. Si on ne prend pas le temps de bien lire les petits caractères, l’illusion d’une bonne affaire devient vite un calvaire.
Il peut aussi transcender l’amour et la beauté.
L’amour du geste bien fait, du coup de pinceau ou de l’effleurement sur la toile tel un souffle chaud sur  le galbe d’un sein. 
Le coup de ciseau, ou la caresse exquise qui polira le marbre rugueux jusqu’à le rendre tendre comme le regard d’une muse en amour.
Cultiver la patience, mais fuir la complaisance.
Rome ne s’est pas bâti en un jour.
Ni être papa de deux filles merveilleuses...
Pour qui le plus grand salaire sera un jour de déguster un bol de café au lait avec ses filles et qui sait? 
Peut-être même ses petits enfants...


Cheminer, grandir, se construire et se reconstruire...